« Je passe pour une mamie inoffensive. Cela me permets d’aller partout, de voir l’envers du décor ». Deux semaines après les élections mexicaines, rencontre avec Sandowski du réseau Ciudadanos por la paz en México. Téméraire babouchka, ancienne journaliste et écrivain, elle nous parle du Mexique post-élections.

« Je suis quelqu’un qui l’ouvre tout le temps. Je vois des choses et je ne peux pas m’empêcher de le dire » |Photo N.Rod
A 65 ans, Sandowski garde toujours ses incroyables yeux bleus grand ouverts sur notre monde. Une enfance bretonne, le pensionnat « Les Oiseaux » de Saint-Etienne, le gout des lettres et des gens. Et puis toute une vie de terrain, comme journaliste et écrivaine, un solide sens de la justice chevillé au corps.
Le Mexique au cœur
« Tout a commencé en 2010, suite à l’annulation de l’Année du Mexique. J’ai été ulcérée par l’attitude du gouvernement français et par l’image que cela a renvoyé du Mexique. Je m’y suis alors rendu à plusieurs reprises». Des semaines à écumer les rues de la capitale mexicaine, les yeux ouverts sur les contradictions d’un système et sur le climat politique du Mexique de Felipe Calderón. « Ça a commencé par des femmes qui garent à longueur de journée les voitures dans le quartier de San Angel, l’un des plus fermés de Mexico. Puis j’ai rencontré le patron de l’un des grands bazar de la capitale mexicaine, installé dans un ancien couvent. Sa secrétaire était tellement sous-payée qu’elle cumulait trois jobs dans la même journée. »
Crimes, assassinats et la création du réseau Ciudadanos por la paz en México
« Mon engagement a commencé en quelque sorte le 28 mars 2011, lorsque le fils du journaliste Javier Sicilia Zardain et cinq de ses amis ont été assassinés. » Écrivain, poète, essayiste et journaliste Javier Sicilia travaille notamment pour Processo, le principal magazine d’opposition du pays. Son fils Juan Francisco avait 24 ans lors de son assassinat attribué au cartel Zeta.
« Javier Sicilia a publié une lettre ouverte aux politiques et aux criminels. Le 5 mai 2011, il a organisé une ‘’Marche pour la Paix’’, réunissant des parents de victimes et des sympathisants, qui est arrivé le 8 mai au Zócalo (la Grand-Place, ndlr) de Mexico. J’ai alors eu l’impression qui se passait dans le pays quelque chose de pas ordinaire. Les mouvements revendicatifs ont souvent du mal à avoir cette ‘parole populaire’, qui puissent toucher tout le monde. Sicilia a a su porter une parole rassembleuse. »
L’élection fédérale du 1 juillet
Face aux accusations de fraudes et à la colère qui emplit les rues quotidiennement depuis quinze jours, elle rappelle le contexte dans lequel s’était déroulé les dernières élections. « Déjà lors de l’élection en 2006 il y avait eu contestation des résultats. On savait qu’il y aurait des tentatives de fraudes et d’achats de voix. Selon la presse mexicaine, il y aurait environ 150 000 voix suspectes. Il y aurait du avoir des actions préventives. C’est comme si les mexicains flirtaient toujours avec la Révolution. J’ai l’impression qu’ils préféreraient que la révolte affleure plutôt que d’agir en amont, pour prévenir les risques de fraude ».
Crise sociale, corruption du système et augmentation de la violence : un cocktail explosif dont il est difficile de prévoir l’issue. « Les manifestations continuent dans tout le pays et se radicalisent dans certains états. La police a tiré sur des jeunes à Cancùn. Je pense que la demande de comptage aboutira d’une façon d’une autre. La pression de la rue, combinés par exemple à celle des Anonymous pourraient faire changer les choses. »
Face à la violence des cartels et à la corruption, les femmes sont bien souvent les premières victimes. Le réseau Ciudadanos por la paz en México poursuit une grande campagne d’information et de lutte contre les assassinats de femmes de Mexique.

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